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L'ennemi intérieur - Chapitre 1

juil. 07 2005

Cela faisait une semaine que j'étais arrivé à Delberz. Et pas moyen de trouver un foutu boulot. Je sous entend par là un travail intéressant et bien payé. Dans cette bourgade proche d'Altdorf, la capitale du Reikland, il n'y avait pas de taf pour le batelier que j'étais. J'avais déjà bossé quelques jours comme docker, mais ça ne payait rien et on dépensait toujours les pauvres piécettes gagnées dans la journée au bordel ou à la taverne du coin.

Non il me fallait quelque chose de plus intéressant... Ce matin, un habitant du coin m'avait conseillé de m'informer sur les panneaux de bois de la grande place du marché. Je m'y dirigeais donc peu avant la mi-journée. Sur place, j'eus quelques difficultés à me mouvoir dans la foule, en évitant soigneusement les mains voleuses de bourses, pour me rapprocher d'un de ces grands panneaux en chêne. Le hasard fit bien les choses. Un petit homme bedonnant était tout juste en train d'y clouer une annonce sur un parchemin de bonne qualité. Déjà une petite troupe de personnes s'était entassée derrière lui. Achevant une partie de son dur labeur quotidien, il fit reculer les badauds, en râlant dans un jargon incompréhensible, pour continuer plus loin sa besogne car il lui restait quelques exemplaires similaires dépassant de son sac de toiles. Quel métier de fainéant....

  • « Et toi l'elfe, lis nous ce qu'il y a là dessus ! » s'écria un grand gaillard aux cheveux bruns. Son accoutrement, confectionné de tissu de piètre qualité et de peaux de bêtes (lapins à vue d'œil) faisait penser à un de ces « barbares des villes ». Il était évident qu'il ne savait pas lire tout comme les trois quarts de la population locale. L'elfe en question était en fait deux: grandes et sveltes mignonnettes vêtue d'une belle robe d'un bleu profond pour la première, l'autre étant habillée d'une longue toge blanche. Leurs longs cheveux d'un blond éclatant étaient tressés. Elles semblaient avoir un air de famille mais après tout, tous les elfes se ressemblent.... Le barbare s'était adressée à la première qui lui rendit un drôle de regard puis se retourna vers le panneau et se mit à lire à haute voix :

- « On recherche aventurier courageux......son excellence le Prince...fait savoir qu'il réside actuellement en Altdorf et souhaite engager les services d'un groupe d'aventuriers... » Le style parlé presque chantant de l'elfe avait tendance à m'agacer.

  • « Un minimum de vingt couronnes d'or par jour est assuré .... primes généreuses...»

Je faillis m'en étouffer! Vingt Couronnes par jour, un vrai miracle....

  • « Couards, traînards et Nains s'abstenir. » conclut-elle.
  • « Comment ça, nain s'abstenir ? » déclara le seul de ces êtres ici présent.

Je ne l'avais pas remarqué au début perdu entre nous tous. Mais son style atypique l'était lui, remarquable: coiffé d'un grand chapeau feutré muni d'une longue plume traînant au sol, cheveux gris et yeux très sombres, il portait un pourpoint de cuir de bonne facture agrémenté d'un écusson que je ne connaissais point. De plus il portait le collier très fin ce qui était assez rare chez ces « gens de petite taille » qui se vantaient souvent d'avoir la plus longue. Je parle de barbe évidemment... L'elfe reprit : « C'est bien ce qu'il est écrit.» Elle eut à peine achevé sa phrase, que le nain, devenu rubicond, arracha le parchemin et l'avala dans un « gloups » rageur.

  • « Ah ben non ! Comment qu'on va faire maintenant ?» demanda un homme de taille moyenne à l'air gobe-mouches dont les habits, aux tons verts et beiges, révélaient une certaine tendance à vivre dans la nature. Un arc cinglait son long manteau capuchonné.

- « Et bien tout simplement en se rendant directement à Altdorf pour s'y engager auprès de ce Prince.» rétorqua du tac au tac une mince jeune fille aux cheveux courts. Sur ce, elle tourna les talons et quitta prestement les lieux. Elle portait un pantalon de cuir et une chemise de flanelle - qui permettait d'admirer ses formes généreuses. Je la regardais donc tranquillement s'éloigner dans la foule.

  • « Et toi le rouquin, ça t'intéresse c't' embauche ? » m'interpella le grand barbare.
  • « Hum, oui, pourquoi pas, » feins-je d'un air peu intéressé « ça a l'air de bien payer. Au fait mon nom c'est Josep Van Bommel, pas Leroux Quint.»
  • « Bon ben faisons route ensemble. On me nomme Khorint. Khorint Valmonter »

Je soupirais légèrement. Formidable, je m'étais fais un nouvel ami...

  • « Euh, ben moi aussi je viens avec vous, ouais, ça me semble bien ça, de venir avec vous ! » dit l'homme des bois à l'allure crédule. Puis il ajouta : « Ah oui au fait mon nom c'est Heinrich Vogelstadt. On partage un lapin ? »

Deux nouveaux amis suintant l'intelligence, que demander de plus ?

  • « M'ouais une bière plutôt...» leur rétorquai-je «...et en attendant on devrait enlever les autres affiches de ce type pour en garder la primauté. Tu nous suis le nain ? »
  • « Appelez moi Gadoum ! » me répondit ce dernier « Bien sûr que je vais vous suivre mais surtout pour ne pas laisser en évidence de telles sornettes. »
  • «Tu ne comptes pas toutes les manger ?» demanda Heinrich. Nous fîmes plusieurs à le regarder étrangement qu'il en rougit.

Pendant ce temps les deux elfes s'étaient mises à l'écart pour s'entretenir en secret. Ah ! Les elfes sont tellement prévisibles à mon goût. La plus petite revint vers nous pour nous déclarer « Nous viendrons aussi. Actuellement nous résidons dans une auberge en ville mais nous vous conseillons de vous rendre à l'auberge de la diligence demain matin pour faire voyage à Altdorf. Mais excusez moi je ne me suis point présentée. Je me nomme Erefne Von Pank'Or et voici ma sœur Bénélis.» Cette dernière restait impassible et ne nous fit qu'un bref signe de tête à l'énonciation de son prénom. « Elle est très discrète pardonnez la ! » ajouta Erefne.

Une idée saugrenue me vint à l'esprit. Je décidais de tenter le coup en me rapprochant de cette dernière. Car comme dit le dicton : qui n'arnaque personne, rame en couronne.

  • « Pardonnez moi, gentille demoiselle mais je n'ai point le sou. Je n'ai même pas de quoi me payer une bonne auberge. Consentiriez vous a me prêter quelques monnaies que je vous rembourserai au premier jour de l'embauche à Altdorf ? » Bénélis me tendit une poignée de cuivre en ajoutant « Faites en bon usage, vous me rembourserez ultérieurement ». Puis elle s'éloigna en compagnie de sa sœur.
  • « Bien le merci à vous gente demoiselle! Et que Göttferdom vous protège » le criais-je de loin. Ah ! La naïveté elfe...
  • « Ben moi j'habite Delberz, je peux t'héberger gratuitement » me dit Khorint.
  • « Et ben voilà une nouvelle qu'elle est bonne. Bon et bien, allons arracher ses affiches et allons rincer nos gosiers aux frais des elfettes ! » Lui répondis-je
  • « Et mon lapin ? » demanda en nous suivant Heinrich.

Le lendemain matin avant le lever du soleil, nous nous rendîmes Heinrich, Khorint et moi au relais de la diligence. Celui-ci se trouvait à l'extérieur de la ville et il nous avait fallu marcher quelques minutes pour s'y rendre une fois passé les remparts. En fait le relais était composé d'une auberge nommée « Le lièvre en piste » et d'une annexe faisant office de poste. Trois diligences attelées de deux chevaux chacune attendait dans la cour. Une vingtaine de personnes étaient déjà sur les lieux. J'y reconnus évidemment les deux sœurs elfes ainsi que Gadoum et son chien. En effet, nous avions remarqué la veille, que le nain était toujours accompagné d'un fidèle cabot répondant au nom de Tobby. C'était un de ces bâtards quelconques au pelage noir mais assez affectueux, il fallait l'avouer. Gadoum nous avait quitté hier soir rejoignant son auberge dans les quartiers bourgeois. J'avais dormi, ainsi que Heinrich, dans la pauvre masure de Khorint. Finalement ces gars là m'avaient paru fort sympathiques. Heinrich était certes un peu naïf mais son caractère me plaisait beaucoup. Et puis Khorint semblait être très doué au combat vu les exploits qu'il nous avait narré la veille le nez penché sur sa chopine.

Je remarquai aussi la présence de la fille zélée de la veille en tenue d'aventurière ce qui n'était pas commun chez les femmes. Elle ne tenait pas en place et ne cessait de taper du pied au sol. Après avoir réglé les billets de voyage au relais nous formâmes un petit groupe près d'une diligence : les deux elfes, le nain ainsi que la jeune fille ainsi que mes deux nouveaux compagnons. En attendant les cochers déjà en retard, j'en profitais pour discuter un peu avec elle. Elle s'appelait Sarfath et ne rêvait que d'aventures. Elle semblait très maligne et assez dégourdie pour son jeune âge.

Trois femmes sortirent de l'auberge pour compléter notre petit groupe : la première bourgeoise d'aspect ne nous regardait à peine. La seconde, à l'air ingénue, devait être sa camériste. La dernière avait tout l'air d'une garde du corps puisqu'elle portait une veste en cuir ceint d'une fine ceinture auquel pendait un fourreau. La poignée de l'épée qui en ressortait était amalgamée de fer et d'argent. Elle se présenta à nous:

  • « Je m'appelle Marie et je suis, ainsi que Joanna, au service de Dame Isolde Von Strudeldorf. Nous allons voyager en votre compagnie. Nous sommes heureuse de partager ce temps avec vous mesdemoiselles.» dit elle en s'adressant directement aux jeunes elfes. « De plus j'espère que vous saurez, messieurs, être gentilshommes et courtois. »

A ce moment précis, deux types arrivèrent en se soutenant mutuellement. Ils puaient la vinasse à cinq pas ! Leurs visages joufflus et rougeauds leur donnaient un air comique et leur embonpoint ne faisait que renforcer cette idée. L'un d'eux avait même une botte trouée.

  • « Holà, voyageurs, prenez.... burps.... place dans notre carrosse. On se met en route ! »

Le second rajouta en se frottant son visage mal rasé : « Six places à l'intérieur. Le reste sur le toit avec les bagages. »

Marie ouvrit alors énergiquement la porte de la diligence pour laisser entrer la bourgeoise et sa suivante. Quelques autres essayèrent d'entrer au même instant et ce fut vite la cohue. Je préférais m'abstenir et me résignais à monter sur le toit. Me rejoignirent par défaut Sarfath, Heinrich et Gadoum. Les cochers hissèrent les bagages péniblement, se mirent à leur place et lancèrent les chevaux. Le voyage risquait de ne pas être triste avec ses deux culs de bouteilles.

Nous longeâmes quelques champs où s'activaient déjà une poignée de paysans. Derrière nous, la ville de Delberz ne devenait plus qu'un point à l'horizon. Rapidement la route se fit plus caillouteuse et pénétra à travers bois. Les cahots se firent de plus en plus présents aggravés par une conduite catastrophique de la part de nos deux pochtrons. J'ai souvent cru qu'on y laisserait une roue dans un nid de poule. L'inconfort du toit n'aidait pas à oublier une journée forte longue et ennuyeuse. De plus dans cette situation peu commode, il était très difficile de se parler. Au coucher du soleil nous ressortîmes des bois pour voir se profiler sur la plaine naissante un ensemble de baraquements d'où sortaient quelques feux de cheminée. Je ne fus pas mécontent d'arriver au premier relais. Mon dos me faisait terriblement mal et je n'étais pas le seul. Seul Gadoum semblait ne pas avoir souffert du transport. Nous arrivâmes près de trois bâtiments de style ruraux. Quelques diligences étaient garées et un palefrenier vaquait à son occupation dans la cour: nourrir et brosser les chevaux. L'auberge « La grande route » semblait d'extérieur fort sympathique. A peine arrivée, Dame Isolde et sa troupe s'y engouffrèrent. J'interceptais la hautaine sur le perron.

  • « Excusez moi gente Dame, je me rends à Altdorf pour y trouver du travail mais je n'ai point le sou. Mes dernières pièces ont été englouties dans le prix du billet. Pourriez vous m'avancer le gîte et le couvert ? Je vous rembourserais évidemment à la capitale ! »
  • « Alors comme ça, vous êtes un gueux ! Débrouillez vous sans moi.» me répondit elle. Puis elle pénétra à l'intérieur faisant un geste, comme savait le faire les bourgeois, dédaigneux envers moi. Le reste de la troupe se fendit la poire derrière moi. J'avais certes poussé le bouchon un peu loin.
  • « Je peux t'avancer de l'argent moi ! » me dit Heinrich se voulant être rassurant.
  • « T'inquiètes, de la thune j'en ai ! C'était juste pour boire un coup à la santé de ces gourgandines !» lui murmurai-je.

Je ramassais mon sac et rentra dans l'auberge. A peine entré que j'humais une douce odeur de faisan grillée. Le tenancier était ce qu'il y avait de plus classique: visage jovial et bien empourpré avec un ventre qui devait l'empêcher de se voir pisser la bibine ingurgitée à longueur de journée. Il y avait pas mal de monde déjà attablée. Après avoir réglé les chambrées et le repas, nous nous installâmes tous ensemble pour le souper. Seul manquait à l'appel Sarfath. Pour sa part, Gadoum se dirigea vers une autre table ou une partie de dés avaient commencé entre trois hommes. Nos deux cochers, Gunnar et Hultz, s'étaient directement rendu au comptoir et allaient certainement manger liquide.

Le repas fut excellent : faisan aux prunes, fromage de brebis arrosés d'une bonne gueuze. Nous commencions à réellement bien nous entendre avec Heinrich et Khorint. Les elfes étaient plus discrètes mais s'étaient accommodées à notre compagnie. Tous montraient une certaine motivation pour notre futur travail et certains parlaient même de ce qu'ils comptaient faire de l'argent gagné. Bénélis voulait entrer dans une école spécialisée de magie et Heinrich voulait se payer sa propre taverne. Il avait même déjà trouvé un nom en rêvant à l'endroit idéal perdu dans une des forêts qu'ils connaissaient bien : «L'auberge du Dernier Pont ». Pour ma part je rêvais à un de ces bateaux de marchandises et d'un équipage compétent entrant ainsi dans la Guilde des Bateliers. Finalement nous nous rendîmes aussi compte que nous avions tous envie de quitter nos terres pour découvrir le vaste monde.

Le nain revint à notre tablée à la fin du repas:

  • « Ce Philippe Destré est fort sympathique mais est un sérieux chanceux aux dés. »

Il désignait un des hommes siégeant à la table de jeu d'où il revenait. Il portait la moustache et les cheveux longs. Ses traits étaient fins et il ne semblait pas avoir souffert d'un long voyage.

Avec ces compagnons de jeu, ils avaient entamé une partie de cartes. En tournant le visage vers eux, je remarquais assis à une table voisine un gars assez jeune, grand et mince qui était plongé dans la lecture d'un gros bouquin. Ce qui était chose rare dans ce genre d'endroit.

  • « La chance n'existe pas aux dés. Il s'agit surtout d'être bon tricheur !» remarqua Erefne.
  • « M'ouais, il n'empêche que j'ai perdu des couronnes mais pas mon temps. Destré m'a prévenu des dangers des bois qui nous séparent encore de la capitale. Ils seraient infectés de mutants d'après lui.» ajouta Gadoum.

Les mutants ! Ou les trollocs comme on les appelait par chez moi. Des humains dégénérés frappés par une maladie qui les transformaient physiquement et psychiquement en bête. Leur difformités étaient certes diverses mais leur esprit était toujours aussi pervers : cannibales, violeurs et assassins. Ils faisaient trembler la populace. Des battues étaient souvent organisées par les seigneurs sur leurs terres. Mais ces monstruosités avaient la particularité de s'avoir bien se planquer dans les nombreuses forêts et aussi le malheur d'être de plus en plus nombreux. Comme ci une malédiction pesait sur l'humanité pour définitivement la réprouver. « Et bien si ces mutants nous attaquent, ils tâteront de ma hache.» conclut Khorint qui commanda une nouvelle tournée. Nous repartîmes dans des discussions palabrées. Quelques temps plus tard je quittais le petit groupe pour boire à l'œil avec les deux cochers qui s'étaient déjà minés sévère... Le bonheur ! Car pour un coup payé en leur faveur, j'en buvais le quadruple. De tout façon rien n'empêcherait ces sac à vins de terminer saoul comme des cochons. Bien enivré j'allais assez tardivement m'étaler sur mon lit dans le dortoir commun. L'alcool me permit au moins de ne pas entendre le concert de ronflement de ces lieux. Gadoum en tenait une gamme haute d'ailleurs. De notre convoi, seule Isolde et sa suite ainsi que les deux elfes s'étaient payées des chambres particulières.

Le mal de crâne au chant du coq fut terrible. La bouche pâteuse et le teint blafard je me dirigeais vers la diligence avec mes compagnons de dortoir. Les dames attendaient déjà à l'intérieur et avait eu la surprise d'y trouver endormie Sarfath. Cette petite était maligne. Elle passerait la journée confortable en compagnie des ces dames. Tous les hommes montèrent sur le toit sauf Gadoum qui prit place sur le banc des cochers. Ces derniers encore en retard, à comprendre par là que notre diligence était encore la dernière dans la cour, semblaient encore moins fringants que la veille.

Le soleil était au rendez vous quoique le ciel fut de plus en plus nuageux au cours de la matinée. En début d'après midi, nous retraversions de nouveau un grand bois. La fraîcheur des lieux se fit tout de suite ressentir et nous obligea à faire une halte pour s'équiper de nos manteaux. Nous étions au milieu du printemps au fin du mois de Jarhdrug et les sous bois étaient encore parsemés de neige dans cette région. La diligence reprit sa route...

Soudain, au détour d'un virage, les chevaux s'emballèrent et les cochers eurent du mal à les maîtriser pour les stopper. Face à nous, une scène horrible se déroulait sous nos yeux. Trois trollocs étaient en train de se repaître des boyaux d'un cadavre humain. Derrière eux se trouvaient d'autres corps dont celui d'un enfant. Un peu plus en arrière, une diligence s'était renversée sur le bas côté et complètement brisée contre les arbres. Un cheval couché sur le flanc agonisait au sol, l'autre avait du s'enfuir. L'un des mutants se releva la bouche emplie de chair humaine dont le jus dégoulinait sur ses haillons. Il portait un long couteau ensanglanté et se rua en notre direction.

Le nain sauta au sol en sortant instinctivement son tromblon et avança vers lui. Le coup qu'il tira arracha le bras du monstre. Khorint et moi-même descendîmes pour lui porter secours. J'eus le temps de me munir de mon bâton lesté accroché à mon sac tandis que le barbare, atterrissant prestement au sol, sortit sa lourde épée. La porte de la calèche claqua et les deux elfes en sortirent. J'entendis Marie qui criait : « Ne vous inquiétez pas Dame Isolde, je vous protège. » Joanna avait sortit la tête par la fenêtre de la diligence et ne pu retenir un cri strident d'effroi. Gunnar, pour sa part, vomissait ses tripes tout en chancelant à terre. Le combat fit rage. Bénélis s'y engagea avec une dextérité impressionnante et livra directement un corps à corps contre une de ces créatures alors que Gadoum et Khorint frappèrent les deux autres. Heinrich fit claquer son arc pour viser juste et j'aidais la jeune elfe en assommant son adversaire. Deux autres trollocs, certainement cachés derrière les arbres, surgirent à leur tour. Heureusement pour nous les trois premiers étaient déjà étendus au sol. Erefne, munie de son arbalète, blessa l'un des nouveaux venus et Khorint abattit son épée le faisant passé de vie à trépas ce qui refroidit le suivant. Il détala aussitôt. Nous tentâmes de le rattraper mais au bout d'une centaine de mètres nous nous rendîmes à l'évidence. Il s'avéra être bien trop difficile d'aller au rythme du monstre dans les sous bois: il connaissait bien mieux le terrain que nous. Nous décidions de rentrer sur le lieu du massacre. Notre équipage semblait bien se porter. Personne n'était blessé. Sarfath n'avait pas participé au combat mais comment pouvait on lui reprocher ? Par contre Marie n'avait été d'aucune aide puisqu'elle avait préféré « garder sa maîtresse » à l'intérieur de la diligence.

Soudain Erefne se mit à crier « Josep! C'est Josep! » . Elle s'était approché d'un cadavre proche de la diligence fracassée et avait visiblement retourné son corps. Elle se retourna vers moi le visage pâle. « Josep cet homme, c'est vous ! ». Je m'approchais de la scène et lorsque je vis le visage de cette homme je subis un choc terrible. C'était bel et bien moi ! Les cheveux courts et roux. La barbe finement taillée et les traits du visage parfaitement identiques. Même la corpulence, un peu forte, était la même. Seuls nos habits nous différenciaient. Il fallait avouer que ce gars était richement vêtu. J'étais tellement estomaché que je ne savais pas trop quoi dire. La situation était fortement inconfortable et abracadabrantesque. Imaginez ce que cela peut faire de se retrouver face à son sosie ! Et mort de surcroît. Khorint fouilla le macchabée, y trouva quelques papiers qu'il tendit à Erefne. Les paroles de l'elfe m'extirpèrent de mes angoisses.

  • « Vous voilà baron !»
  • « Plus exactement le Baron Kastor Lieberung. » ajouta-t-elle.
  • « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? » demanda Heinrich.
  • « Baron ? Et bien c'est un titre entre Vicomte et Chevalier, » lui répondit ironiquement Sarfath « non je plaisante ! Et bien ce gars mort, Josep peut prendre sa place... »

Erefne me tendit une lettre. Plus précisément une étude de notaires demandant à Lieberung de se présenter dans la ville de Bögenhafen pour y recevoir son héritage. Celui-ci était constitué d'un manoir, agrémenté d'une cave à vin de grand prix, ainsi que de vingt milles couronnes ! Diantre ! Un sacré pognon pour un actuel suceur de pissenlit. Le document était joint d'un certificat de témoignage prouvant l'identité du porteur. Les témoins se nommaient Ingrid Zicherman, grande prêtresse de Sigmar et Osgard Helmut maître de la Guilde des Marchands. Certainement des pointures. Le débat commença à tourner autour d'une éventuelle supercherie de notre part autour de cet héritage. Il y avait bien sûr les « pour » constitués d'Heinrich et de Khorint et les « contre » rassemblant les deux elfes et Gadoum. Sarfath était plutôt neutre. Dommage d'ailleurs, elle aurait fait une belle Baronne ! D'après le nain, la supercherie était trop grosse pour être mise en place et l'honnêteté des elfes me contre-indiquait de suivre cette voie Il est vrai que je n'avais pas d'éducation bourgeoise mais bon, j'avais quelques qualités de comédiens. De toute façon, j'étais le seul à réellement pouvoir décider de tenter le coup ou non. Certes des gens devaient connaître le vrai Baron, encore que les cadavres ici présents devaient certainement en être. Les témoins du certificat pouvaient aussi poser problème. Mais après tout, on n'aura jamais deux fois cette chance même en additionnant toutes nos misérables existences. Nous conclûmes que nous nous déciderions à Altdorf même si Heinrich semblait déjà fortement prêt à me suivre. Nous rassemblâmes les cadavres humains pour les enterrer. Ceux des trollocs pourriraient sur place. Je récupérais les affaires (deux grosses malles) et autres effets personnels du Baron. Notre diligence put enfin se remettre en route.

Nous semblions tous assez énervés le devant probablement à cette étonnante rencontre. L'attaque des trollocs, ces créatures infâmes, avait choqué la plupart d'entre nous. J'avais cependant remarqué le sang froid et la qualité de combattante de Bénélis. Je devais revoir mon jugement sur le conformisme elfique. Par contre Marie n'avait été d'aucune aide et quelques remarques rossardes avaient été faites à son encontre. Si on ajoutait à tout cela la lassitude due au voyage, rien n'était étonnant à une ambiance très tendue.

Nous arrivâmes en fin d'après midi en vue des murailles d'Altdorf. Après avoir traversés quelques faubourgs, la capitale s'offrit à nous. Nous pûmes réaliser le géantisme de cette cité. De nombreuses tours, pointes et autres flèches d'églises émergeaient bien au-delà des remparts. Plusieurs routes semblaient converger ici même. Le Reik bordait la cité et sur son bord occidental avait été construit un large canal dont on apercevait les premières écluses. La diligence passa sous une des gigantesques arches d'entrée, fortement gardées d'ailleurs. Je fus tout de suite surpris par l'importance de la population. La ville était bien vivante et un grand boulevard pavé s'offrait à nous. La diligence s'y engouffra pour parvenir à une immense place ou d'autres véhicules se trouvaient ainsi que de nombreux commerces et étals. La gare routière visiblement. Mais aussi un lieu de fourmillement intense. A peine notre diligence arrêtée, que des colporteurs et autres marchands ambulants venaient nous offrir leurs services. Porteurs, voituriers, rabatteurs d'auberges et d'autres lieux de plaisir se pressèrent autour de nous ne cessant de nous interpeller de tout côté. Dames Isolde fit signe à deux d'entre eux pour porter ses bagages et s'éclipsa avec sa suite après avoir lancé un « Au revoir » assez rapide à notre encontre. Cette « péteuse-dans-la-soie » n'avait pas été la meilleure rencontre qu'il m'avait été donnée de faire ces derniers jours. Encore que la petite Joanna était assez mignonne, voir culbutable.

Je m'apprêtais à héler un porteur lorsque je remarqua deux hommes dans la foule près d'un étal me faire un signe étrange. Le premier portait le bouc et un foulard rouge autour du cou. Le second plutôt élancé avait une belle balafre sur la joue. Ils étaient assez bien habillé et portait tout deux une épée courte à leurs côtés. Je demandais à Heinrich de payer et d'accompagner un porteur pour amener les deux malles du baron à une des meilleures auberges de la cité conseillé par un rabatteur : « La Raie-sole Divine ». Puis je me dirigeais vers les deux inconnus pour en savoir plus. Dès qu'ils comprirent mon intention, ils prirent la tangente se dirigeant vers un troisième larron. Ce dernier portait un feutre noir assorti à des vêtements sombres. Ce chapeau dissimulait assez bien son visage. Ils échangèrent rapidement quelques mots et s'éclipsèrent. Je revins donc sur mes pas pour rejoindre le groupe principal.

  • « Bon, les gars, j'ai décidé de me faire passer pour le Baron. On verra bien plus tard si ça vaut le coup ou pas. Heinrich, qui jouera le rôle de mon second, est allé réserver une chambre. On a qu'à se rejoindre demain midi à cette taverne » Je désignais du doigt une belle bâtisse de pierre au nom de « L'ours à la bière ». Tout le monde fut d'accord et nous nous séparâmes.

Le reste de la journée fut agréable. Certes cela nous coûtait cher, très cher mais l'auberge de luxe était à la hauteur de mes espérances. Les repas furent somptueux et le service impeccable. Heinrich était aux anges. On partageait une suite qu'aucun de nous deux ne s'étaient jamais osés imaginer car nous avions chacun notre piaule. Je m'étais évidemment inscrit sous le nom de Kastor Lieberung, Baron de son état. Nous n'étions pas dupe, cela risquait de nous jouer des tours mais il fallait tenter le destin. Le soir après avoir goûté de nombreux digestifs à base de fruits, nous décidâmes de faire un tour dans le quartier chaud. Toutes ces donzelles, qui faisaient l'attrait de la capitale, nous attendaient. Mais sur la route j'eus la surprise de croiser un vieil ami batelier, Joseph Quartjin.

J'avais été son apprenti à une époque mais on ne s'était pas revu depuis cinq ou six ans. Je lui présentais Heinrich et nous allâmes discuter autour d'une bonne blanche à une taverne qu'il nous conseilla. Joseph avait comme caractéristique de connaître les meilleurs endroits de chaque ville où son rafiot accostait. Nous parlâmes beaucoup du passé. Puis il m'apprit qu'il partirait le surlendemain pour Bögenhafen pour assister et faire affaires à la Schaffenfest, la plus grande des foires ambulantes du Reikland. De nombreuses distractions, dont une joute, y étaient organisées. Je lui avouai mon intérêt de l'accompagner sans rien lui dévoiler de ce que nous comptions y faire.

  • « Je me ferais un plaisir de te conduire gratuitement à bord de mon bateau, et je ferais un tarif spécial pour ton ami. Si ça t'intéresse rejoins moi après demain sur les quais et demande le Berebeli.» conclut-il avant de se lever et de nous serrer la main.
  • « Il ne nous reste plus qu'à convaincre les autres. » me dit Heinrich une fois seuls.

Et ce fut assez facile. De leur côté ils s'étaient renseignés pour le travail qui nous avait amené à la capitale. Malheureusement, nous étions arrivés trop tard et un autre groupe avait été engagé. Ils acceptèrent donc tous de venir à Bögenhafen avec nous, certains plus intéressés par cette histoire de foire et d'autres de plus en plus motivés par l'héritage du baron. En effet l'argent espéré à Altdorf venait de s'évaporer. De plus Gadoum et Khorint avait aussi eu la mauvaise idée d'aller dans une taverne la vieille au soir pour boire énormément. Ils y avaient rencontrés un certain Max qui leur avait paru fort sympathique. Mais la soirée, à leurs dires, s'était finie en baston assez grave. Malheureusement ils y avaient participée. Un noble présent étant resté sur le carreau, ils craignaient d'autres mauvaises suites dans la cité même si le meurtre n'était pas de leurs faits.

Nous passâmes un jour à vaquer à diverses occupations et à faire de différents achats. Le matin où nous devions embarquer arriva. Nous nous retrouvâmes tous au port près du Berebeli. Soudain, à peine montés sur le pont, Joseph arriva vers nous, l'air préoccupé.

  • « Ah Josep ! Te voilà ! Mais dis moi, beaucoup de personnes t'accompagnent. Bon, bon on verra plus tard pour le prix mais je saurais être généreux. Par contre nous avons eu un petit problème durant la nuit. Deux cadavres ont été retrouvés sur le pont. Tiens d'ailleurs les voici, mes hommes vont les amener au condottiere.» dit-il en désignant deux corps un peu plus loin.

Quelle ne fut ma surprise de reconnaître les deux gredins de la place de l'autre jour ! L'homme au foulard rouge et le balafré élancé. A savoir ce qui s'était passé ici et ce que m'avait voulu ces deux lascars l'autre jour, c'était une toute autre histoire....

Ludorg 01/11/2005 02:48

Bien drôle cette première partie, mais je ne peux hélas la lire jusqu'au bout.
En effet, je joue actuellement le personnage de Kastor Lieberung dans une campagne de Warhammer.

En tout cas, le début fut fort agréale à lire.

Tschaw

Ludorg