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Au revoir Greyhawk

juil. 08 2005

Nous voici chez Dalem. Il habite une maison bourgeoise dans un quartier chic de la ville. Un domestique vient nous ouvrir la porte de la demeure et part annoncer notre arrivée à son jeune maître. Inès semble très agitée et après le départ du domestique alors que Dalem nous a rejoins, elle nous annonce de sa voix aigue et surexcitée que la guilde des voleurs est à nos trousses, qu'ils auraient commandité l'agression que nous avons subit et qu'elle est ultra « puissante mortelle grave ». Son phrasé est si pauvre, elle semble si ignorante et naïve... Quel manque de verbe dans ses paroles ! Ces humains n'ont aucune éducation, mais décidément, elle les surpasse dans leur médiocrité. Nous promettant milles morts et au moins autant de tourments, elle en rajoute des quintaux et des quintaux ce qui a pour conséquence directe ma totale incrédulité.

Nous discutons âprement de ce qu'il convient de faire à présent. Diverses possibilités voient le jour et nos réflexions vont bon train. Kasastan fini par partir vers la guilde des mages avec l'espoir de dégotter un parchemin nous permettant d'en savoir plus sur la nature de cet objet. J'ai peur qu'il ne soit déçu par la faible commisération dont les mages savent faire preuve, mais après tout, pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Thorson, quand à lui, prône l'examen de l'objet par son père supérieur dont la sagesse et la naïveté sont à peu près inversement proportionnelle l'une de l'autre. Un prêtre de ce dieu humain de la guerre ne me parait pas forcément l'homme indiqué pour nous apporter des connaissances autre que celles nécessaires à l'éradication physique et brutal du mal, chose qui ne m'intéresse que très moyennement. Alors que nous finissons, Jarod et moi, par céder à la requête de Thorson, plus buté que jamais, Inès, une fois de plus, commence de sautiller dans tous les sens. La voici en train de nous avertir qu'un mystérieux personnage nous espionnait par la fenêtre ! Quelle imagination fertile... pauvre enfant. Nous pouvons constater l'absence notable de tout individu suspect parmi les quelques passants qui se trouvent dans la rue lorsque nous sortons à peine quelques secondes plus tard.

Le temple d'Héronimus se trouve dans le quartier supérieur de Greyhawk, là où l'on trouve également l'école de magie dont Kasastan est revenu, dépité par les prix prohibitifs pratiqués, à l'instant. Il se trouve en haut d'un promontoire qui est parcourue sur son pourtour par un sentier, laissant ainsi exposé le visiteur aux yeux des gardes qui parsèment les murs d'enceinte pendant de longue minute alors qu'il l'arpente.

En haut de la colline, devant la lourde porte en bois massif, barrant l'entrée de leurs armes d'hastes, deux gardiens nous demande martialement de décliner nos identités et le but de notre visite. Ils n'ont pas l'air décidé à nous laisser rentrer, à part Thorson, bien entendu.

Finalement, ce dernier les convint de nous laisser pénétrer l'antre des chevaliers d'Héronimus. Observant les jeunes prêtres s'entraîner au combat au corps à corps avec toutes sortes d'armes, nous traversons la cour en direction de la chapelle à la gloire du Dieu guerrier. Thorson nous fait signe de patienter à l'extérieur et après un court conciliabule avec un homme d'un certain âge, paré d'une rutilante armure de plaque, celui-ci se dirige d'un pas décidé vers nous. Il me fait bien l'impression à laquelle je m'attendais. Le genre d'homme dont la flamme de la foi en son dieu a définitivement obscurcit les capacités de raisonnement.

Direct, il nous demande où se trouve ce collier. Je le lui tends dans son écrin de toile et il le prend à main nue, le regardant d'un air dubitatif. « Du toc » nous dit-il. Puis la concentration se lit sur son visage me faisant presque croire que mon jugement était peut-être un peu hâtif. Après quelques instants, il me le rend en disant d'un air connaisseur : « il n'est pas maléfique. Faites en ce que vous voulez ». Je le reprends et par défit, je le mets autour de mon coup. Rien. Pas la moindre sensation. Je le retire afin de vérifier qu'un quelconque maléfice ne serait pas lié à l'absence de l'objet après l'avoir porté. Rien non plus. Je le remets et nous nous apprêtons à quitter la compagnie du supérieur de Thorson.

Après une courte délibération devant chez Dalem, celui-ci ne nous avait pas accompagné, nous décidons de nous rendre chez Aldon afin de lui rapporter son héritage qui finalement ne semble être ni maudit, ni maléfique. Alors que nous sommes sur le perron de son domicile, je ressens une sensation étrange. Ou plutôt comme une absence de sensation. Je porte les mains à mon cou : rien. L'objet vient tout juste de se volatiliser. J'en fait par à mes compagnons qui sont tout aussi incrédule que moi. Kasastan fronce les sourcils, Dalem également. Sincère, je leur répète que l'objet vient de m'être subtilisé d'une curieuse manière. Le domestique, Geymarre nous interrompt et nous invite à rentrer avant de partir chercher son maître.

Celui-ci arrive peu de temps après et nous lui contons notre récente mésaventure. Demandant plus d'explication, nous finissons par lui raconter dans les grandes lignes notre aventure. Dépité, presque livide à la fin du récit, il nous demande ce que nous comptons faire. Nous lui assurons que nous remplirons notre mission jusqu'au bout. Et nous prenons congé de lui. Pauvre hère, quelle pitié de voir quelqu'un se mettre dans cet état pour de basses considérations matérielles.

En désespoir de cause, nous retournons, Thorson et moi, au temple d'Héronimus prendre conseil auprès du seul intervenant de cette affaire qu'on ne puisse pas accuser d'être malhonnête, le naïf sir Kauten. Nous avons, avant de nous séparer, laissé un message à Nestor, le domestique de Dalem afin que celui-ci lui dise de nous rejoindre plus tard chez la Sœur de Kasastan. Mais Inès a tenu à faire la commission et avec sa paranoïa coutumière, j'ai peur qu'elle n'ait fournit que des informations parcellaires et que Dalem ne mette quelques temps à nous rejoindre.

Nous voyant arriver, Kauten nous interpelle, cours à moitié vers la chapelle et reviens à notre plus grand étonnement avec le collier emballé dans un tissu. Il nous le tend et nous explique qu'il est apparu dans sa main à peu près au moment où il a disparu de mon cou. J'entrevois alors les sombres possibilités qu'une personne mal attentionnée et vénale comme Aldon, pourrait réaliser à l'aide d'un tel objet. Thorson, malgré sa faible vivacité d'esprit habituelle, semble lui aussi avoir compris et regarde l'objet avec horreur et incrédulité. Il l'empoche alors vivement, comme pour faire disparaître cette chose anormale de sa vue.

L'après midi touche à sa fin lorsque nous repartons en direction du salon de thé. Le soleil embrase les toits de Greyhawk et c'est avec regret que je quitte les esplanades verdoyantes du quartier des temples où la flânerie serait si agréable. Nous parcourons paisiblement les ruelles ombragées qui nous mènent jusqu'à la boutique familiale. Lorsque nous arrivons, Kasastan semble en discussion avec une jolie humaine, légèrement plus grande que lui. Celle-ci semble plutôt s'ennuyer mais lorsque nous le saluons il nous fait signe de ne pas le déranger. Nous nous asseyons alors à une table et je commande un thé léger pour accompagner une petite pipe d'herbe bien méritée. Quelle excellente idée que cet établissement. L'ambiance y est tranquille. Le babillage des clients est agréable. Je me détends enfin après cette journée passée à courir au milieu de la foule sur leur route de terre battue dépourvue d'herbe et de végétation.

Quelques temps après notre arrivée, Jarod et Inès arrivent, l'air grave. Inès piaille, mais discrètement cette fois. Elle nous ordonne de monter dans la chambre que la sœur de Kasastan nous a prêtée la dernière fois qu'elle nous a logés. Ne faisant pas attention à ses exigences, je me replonge dans l'observation contemplative des volutes de fumée s'échappant du culot de mon ustensile. Mais Jarod s'approche de moi et dans un murmure me confirme la nécessité de monter pour avoir une discussion. Bon grés mal grés, je me décide à le suivre. Kasastan vient tout juste de se prendre une gifle de la part de la belle qui est sortie profondément énervée en claquant la porte. Il n'a pas d'autre solution que de tenter une retraite digne en nous suivant également.

Une fois réuni dans la chambre, Inès prend la parole et nous explique encore son histoire de guilde des voleurs, du danger que nous encourrons, du fait qu'ils ont eu un « contact » qui leur a « affirmé » qu'ils étaient à la recherche de l'objet que nous possédons et qu'ils seraient prêt à tuer pour le récupérer. Malheureusement, cette fois-ci, son grand frère semble approuver le discours de sa sœur. Je commence à croire qu'il y a peut-être un fond de vérité dans les élucubrations de l'impétueuse Inès. Nous leur racontons à notre tour notre fin de journée et la récupération du collier. A cette annonce, ils nous pressent de questions auxquelles nous répondons avec force détail.

A force de parler du collier, Thorson a du avoir une impulsion, presque un réflexe en comprenant en détail quel mal pouvait être engendré par la convoitise que suscite ce collier. Il le sort de sa poche et tout en le tenant dans le tissu, il le plaque contre le sol en sortant son arme. Inès se jette alors sur le collier et le protégeant de son corps implore Thorson de se calmer. Jarod intervient également et tente d'apaiser sa furie. Leurs efforts cumulés finissent par faire leur effet, et ils arrivent à le convaincre de le casser, mais n'importe comment. Il devrait suffire de le séparer en plusieurs morceaux pour briser l'enchantement, pas besoin pour cela d'abîmer les pierres qui le composent.

Après avoir désenchanté le collier de cette façon si particulière. Inès tente de nous convaincre de la nécessité de partir et de partir loin car cet acte n'aura pas suffit à nous mettre hors de danger vis-à-vis de la fameuse guilde. Avec le tact qui lui est propre elle arrive peu à peu à nous convaincre de l'absolue nécessité de faire exactement le contraire. La conversation partant dans des digressions à n'en plus finir, je décide d'aller prendre l'air du dehors, ne supportant que mal les atmosphères confinées d'autant plus quand l'ambiance est aussi peu sereine. Je me dirige donc vers le bas du bâtiment par les escaliers dans lesquels je croise Dalem qui a enfin pu nous retrouver. Je l'informe brièvement de la situation puis poursuit mon chemin vers la porte.

J'ouvre celle-ci doucement et me faufile à l'extérieur lorsqu'une voix me fige : « Je ne vous conseille pas de continuer. 7 hommes vous attendent dans la ruelle. » Je me retourne mais rien. Absolument aucune trace de la personne qui vient de s'adresser à moi.

  • Qui êtes-vous ?

- Mon nom ne vous servirait à rien mon jeune ami. Retournez donc à l'intérieur.

Je me tourne vers la ruelle et essaye de distinguer des formes dans l'obscurité mais celle-ci est vraiment sombre et la nuit sans lune ne me facilite pas la tâche. Je ne vois strictement aucune ombre, rien, pas un mouvement. Une intuition me vient en référence à l'évocation de la « source » de Dalem et d'Inès. Peut-être que finalement, cette petite peste a vraiment dit la vérité pour une fois.

  • Vous connaissez sûrement les parents de Dalem et d'Inès ?

- En effet. Rentrez à l'intérieur désormais, je viendrais vous rejoindre dans quelques temps.

Je reviens dans la salle et m'installe à une table pour patienter. Quelques minutes plus tard, ils descendent. Je les informe de la présence étrange que j'ai entendue et des avertissements qu'elle m'a promulgués. Quelques remarques de stupeur et d'inquiétude et la voix se fait à nouveau entendre discrètement, derrière Jarod, pour nous demander de nous taire et de monter discuter de ces choses dans la chambre. Nous nous exécutons tels de petits enfants qui viennent de se faire moucher par un adulte.

Les choses sont claires : la voie nous demande une destination lointaine. Elle nous y emmènera. Elle a apparemment à cœur notre sauvegarde et tient à nous éloigner des dangers dont Inès nous a bassiné toute la journée. Je me dis que finalement il me faudrait mettre, de temps en temps, mes préjugés de côté concernant la petite sœur de Jarod. Nous finissons par nous décider à partir vers Highfall. Je n'ai rien contre, la région boisée me paraissant accueillante.

Un parchemin apparaît alors dans les airs et tombe entre nos pieds. Petit à petit, notre vision se trouble, nous ne discernons plus que difficilement le contour des choses et les couleurs semblent pâlir au point de n'avoir plus que des nuances de gris nous entourant. Au centre de notre assemblée, une silhouette sombre est cependant bien distincte. Elle se tourne vers nous et nous demande de la suivre. A peine nous avons fait le premier pas que nous nous retrouvons en pleine campagne. A l'évidence, nous sommes passé dans un autre plan, un monde fait d'ombres lugubres où les distances ne sont pas identiques à celles que nous connaissons. Après quelques heures de marche, nous arrivons dans la région verdoyante de Highfall. L'ombre nous y dépose et s'évanouit après nous avoir indiqué la direction menant à la cité. Il fait nuit et nous décidons de camper non loin d'ici.

Je dégotte un charmant petit coin auprès d'un ruisseau rieur et bucolique. Alors que nous dressons le campement, une petite créature apparaît soudainement devant moi et me tape à l'aide de son gourdin. Elle a la peau sombre et un pentacle tatoué sur le front. Son apparence n'est pas sans rappeler les descriptions des gobelins, mais il semble d'une nature plus maléfique encore. Je tente de riposter, mais décidément le corps à corps n'est pas mon fort. Je bats en retraite au centre du cercle alors que nous nous faisons arroser copieusement de petite javeline. Les blessures qu'elles occasionnent ne sont pas bien graves mais nous pourrions bien avoir des difficultés à les supporter si jamais cela continuait.

Je me concentre et fait appel aux énergies de la nature. Les herbes hautes commencent d'entourer deux des six créatures auxquelles nous faisons face. L'une d'entre elle est complètement immobilisée alors que l'autre parvient tout de même à se déplacer avec difficulté. Inès lance sa dague contre l'une des créatures, Jarod part à l'assaut d'une autre et Thorson en écrabouille une troisième. Kasastan éprouve un peu plus de difficulté avec la sienne. Mais au final nous prenons aisément le dessus. Il semblerait que nous avons acquis certains automatismes qui rendent le combat plus aisé désormais. Cependant, certains d'entre nous sont touchés et après que la dernière des créatures ait été achevée, je panse rapidement quelques plaies. Nous sommes fatigués et il est temps pour moi de prendre le premier tour de garde.

Le reste de la nuit se passe sans encombre jusqu'à ce que, pendant le dernier tour de garde, une grêle violente ne réveille tout le monde en sursaut. La puissance de la nature à l'œuvre n'est pas dénuée d'une certaine beauté.

Après cette averse, mes compagnons sont démoralisés, je leur concocte un gruau à l'aide de quelques herbes et de racines que je trouve dans les sous bois d'un bosquet. Mais cela ne suffit pas à calmer la fougue d'Inès qui décide de partir seule quoiqu'il lui en coûte. Peu à peu, tout le monde se lève pour la suivre en direction d'Highfall. Et le cœur lourd de me rediriger déjà vers la désagréable civilisation humaine, je ne me résous pas à les abandonner.