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L'ennemi intérieur - Chapitre 2

sept. 15 2005

« Attends Joseph, tu permets qu'on inspecte ces deux corps avant que tes hommes les descendent ?» demandai-je à mon vieil ami. Il sembla étonné mais me répondit par l'affirmatif. « Par contre, dépêches toi, les badauds commencent à pointer leur nez et la milice risque de ne pas traîner. » me répondit-il. Sarfath s'approcha des corps. La cause de leur mort était flagrante: ils avaient chacun un carreau d'arbalète planté entre les omoplates. Elle commença à les fouiller et j'en fis de même. Je remarquais alors un fin tatouage identique au niveau de leur poitrine. Il représentait une main rouge montrant sa paume. Sarfath récupéra leurs bourses et leurs dagues. Je lui demandai si elle connaissait une quelconque Guilde ou Confrérie portant ce signe distinctif mais elle m'avoua ne pas en avoir connaissance.

Pendant ce temps Gadoum et Heinrich avaient observé les traces de sang, trouvant de fines traînées sur la passerelle. Ils en avaient logiquement conclu que les corps avaient été amenés jusqu'ici. Les curieux commençaient à faire masse au pied de la passerelle mais les deux membres d'équipage de joseph, un homme et une femme, les tenaient éloignés de la scène. Jusqu'à l'arrivée de la milice. Six hommes en uniforme, une veste en cuir rouge portant l'insigne impériale débarquèrent sur le pont. Tous portaient une matraque à leurs côtés. Trois d'entre eux tenaient une hallebarde tandis que deux autres étaient armés d'une épée longue. Leur capitaine reconnaissable par des épaulettes de couleur noire était à leurs têtes. Il portait une masse d'armes à sa taille. Gadoum préféra s'éclipser et tenta même de se cacher. Malheureusement cet abruti se prit les pieds dans des cordages ce qui attira l'attention des miliciens. Bravo la discrétion...Le capitaine tourna la tête vers lui mais Gadoum se rattrapa au bastingage et lança innocemment :

« Dure, la gueule de bois ce matin... ».

Le capitaine retourna alors son attention vers les deux corps. Joseph se mit à lui expliquer la situation. Il expliqua notre présence comme étant des voyageurs qu'ils devaient transporter à Bögenhafen et nous dissocia complètement de l'affaire. Les miliciens décidèrent d'embarquer les corps après quelques formalités d'usage. Joseph nous expliqua alors que nous nous en étions tous bien tirés. Les meurtres à Altdorf n'étaient pas aussi fréquents que cela et l'investigation aurait pu être plus poussée à notre encontre. Il ne fallait pas être au mauvais moment au mauvais endroit ! La cause en était certainement une réelle politique de sécurité et une forte présence milicienne dans les rues. Telle était le projet de Nikolas Karso, Grand Condottiere au service de l'Empereur.

En ce matin du Bezahltag vingt neuf Jahrdrug, le Berebeli quitta le port d'Altdorf pour se diriger tranquillement vers le canal. Nous laissions bien des ennuis derrière nous. J'aidais rapidement Joseph et m'entendis parfaitement avec son équipage. Wolmar et Gilda étaient mari et femme dans la vie. Leur bébé était aussi à bord mais dormait la plupart du temps dans une des cabines. Gilda allait de temps en temps le nourrir. Ce jeune nourrisson fit la joie d'Erefne lorsque sa mère l'amena sur le pont pour prendre l'air.

L'air fluvial, c'est d'ailleurs ce dont avait bien besoin Gadoum et Heinrich qui n'avaient pas l'air d'avoir le pied marin. Pourtant les eaux étaient assez calmes. J'osais à peine imaginer la tête de ces deux là en pleine mer... Ils devaient en attendant prendre leur mal en patience, le temps de la traversée par le canal étant estimé à trois jours pour rejoindre Weiβbrück. Ensuite il faudrait encore naviguer sur le Reik quelques jours supplémentaires.

La journée fut tranquille. Nous passâmes en début de matinée la première écluse. Le système ingénieux fait de roues à eau m'impressionna fortement. Le volume déplacé l'était aussi. Et que dire de la largeur du canal ! Un véritable travail de Titan ! Khorint s'intéressa lui aussi un peu aux manœuvres de la péniche marchande tandis que les elfes passèrent la journée à admirer les paysages et à s'occuper de Chérie, la fille de Gilda et Wolmar. Sarfath elle, ayant optée pour une tenue plus légère que d'accoutumée, un petit haut bien dénudé sur les épaules et assez court montrant son nombril, se faisait bronzée à l'avant du bateau. Ceci n'était fort point désagréable...

Notre embarcation allait à une allure régulière dirigée par une main de maître de la part de Joseph. Ce dernier, à la pause déjeuner, nous conta une étrange histoire. Un certain Fritz, batelier de son état, qui avait subi il y a quelques mois la terrible malédiction. Sa peau devenue blafarde avait d'abord pris un aspect poisseux puis s'était légèrement écaillée. De la chair avait apparu entre ses doigts. Il avait perdu tous ses cheveux et son crâne s'était allongé. Ses yeux étaient devenus de plus en plus globuleux et sa respiration se fit de plus en plus difficile. D'après Joseph, ce gars avait subi une mutation « aquatique » risquant même de le doter de branchies à la place des poumons ! Ce pauvre gars, si on pouvait encore lui donner un semblant d'humanité, mit fin à son existence avant d'en arriver là et décida de se noyer. Mais ce qui fut étrange c'est qu'on ne retrouva jamais son corps. J'en restais bouche bée et je fis remarquer à Joseph que l'histoire était malvenue au moment du repas, celui-ci étant essentiellement constitué d'une soupe de poissons. Ou alors c'était une blague de mauvais goût. Un goût profond qui restait en bouche. Très profond...

Le soir, notre péniche s'arrêta à une petite auberge au bord du canal permettant aux voyageurs de se restaurer. Rien d'intéressant, le lieu étant peu fréquenté sinon à l'heure du repas car chaque équipage de batelier dormait à quai.

Le lendemain, la journée sembla similaire. Cependant en milieu d'après midi des cavaliers rattrapèrent la péniche. Lorsque nous les vîmes s'approcher, Gadoum et Khorint descendirent dans les cabines. Ils craignaient d'être recherchés pour le meurtre du noble à la taverne d'Altdorf. Pour ma part, je les suivis, craignant que ces hommes puissent reconnaître Kastor Lieberung. Arrivés à notre hauteur, ils mirent leurs montures à notre allure. Ils s'agissaient de miliciens ruraux:

« Holà du bateau ! N'auriez vous point vue des cavaliers aller dans cette direction ?» héla l'un d'entre eux en indiquant l'horizon droit devant nous.

« Non messires, » répondit Joseph « pourquoi cette question ? »

L'homme lui expliqua qu'ils recherchaient les criminels d'un certain Boris Von Kronvogel, jeune noble assassiné à Altdorf quelques jours auparavant. Mes deux acolytes avaient bien fait de se cacher. Je les sentais très tendu d'ailleurs. Pourtant je croyais à leurs versions et les savais innocents. Le chef des miliciens parla aussi de deux cadavres trouvés sur un bateau. Heinrich gaffa sur ce dernier sujet en prenant la parole :

« Mais ça s'est passé sur notre bateau. Oui, oui, c'était même sur ce pont »

L'homme tiqua et remarqua :

« Ah, vous êtes donc le Berebeli ! Bon de toute façon, vous avez été mis hors de cause dans cette affaire. Mais tout de même, ouvrez l'œil et n'hésitez pas à nous tenir au courant. Au revoir. Mesdames. Messires. »

Ils repartirent en amont du canal. Pas mal de personnes fusillèrent du regard heinrich. Gadoum et Khorint, une fois remonté, passèrent le reste de l'après midi à essayer de lui expliquer les pourquoi du comment....

Troisième jour. Après avoir quitté « Aller et Retour du canal » la taverne où nous nous étions restauré la veille au soir, nous reprîmes notre voyage. Nous passâmes deux nouvelles écluses pour atteindre en fin d'après midi la bourgade de Weiβbrück. Joseph nous confirma la petitesse des lieux en arrivant au port où mouillait une dizaine d'autres cargos:

« Je vous laisse, j'ai des formalités à régler en ville. C'est assez petit ici, cinq cents habitants maximum. Il y a deux auberges : « L'or noir » et « La trompette », cette dernière étant un peu plus classe. Tiens d'ailleurs la première est cette maisonnée là bas. Allez je vous laisse !» Il descendit du Berebeli.

Nous regardâmes de loin la taverne et Bénélis me fit remarquer un type se tenant contre le mur près de l'entrée du lieu.

« Merde les gars! Ce type devant l'entrée qui nous regarde, c'est le troisième larron de la place d'Altdorf, celui au feutre noir !» leur dis je.

« En plus il nous regarde. » affirma l'elfes qui avait le regard très acéré.

« Ben alors qu'est ce qu'on fait ?» demanda Heinrich.

« Ben l'autre fois les gus m'avaient fait un drôle de signe : une sorte de gratouillement de l'oreille droite. Il est clair que ce type me prend pour le futur baron. On peut essayer de renter en contact avec lui. » répondis-je

On se mit tous alors d'accord : Heinrich et Sarfath descendirent en premier pour aller lui faire le signe. Erefne suivait juste derrière. Les autres observaient la scène de loin en restant sur le pont. Malheureusement à peine eurent ils mis un pied sur le quai que le gars entra dans la taverne. Nous y allâmes tous mais nous n'y retrouvâmes point sa trace. Il avait filé par la porte arrière menant aux latrines. Nous primes donc rapidement notre repas et décidâmes d'aller voir à « La trompette ». Son tenancier, après avoir été soudoyé par Heinrich, reconnut la description de l'homme. Il logeait à la chambre deux cent cinq sous le nom de Kuftsos. J'y montais accompagnés de Gadoum et d'Erefne. La chambre semblait vide et lorsque Gadoum crocheta la serrure pour nous y laisser enter, nous trouvâmes que quelques affaires sans importance.

De retour au comptoir où Khorint et Heinrich avaient déjà commandé à boire, nous décidâmes d'attendre son éventuel retour. Qui ne vint jamais. Nous eûmes juste le droit de ramener Heinrich qui avait trop abusé de la bière locale et qui, ne tenant plus debout, nous obligea à quitter les lieux lorsqu'il se vautra sur une table voisine. De retour au bateau, nous prîmes comme résolution de monter la garde. Heinrich fut jetée sur le matelas de sa cabine et Gadoum prit le premier quart. Je m'enveloppais dans mes couvertures l'esprit quelque peu embrumé.

Ce furent les cris d'Erefne qui me réveillèrent. Je montais sur le pont pour y voir plusieurs foyers d'incendie. Ils étaient dus à de l'huile répandue par de petites grenades en terre cuite brisées. Le feu commençait à prendre un peu partout. Mais le plus inquiétant étaient le duo d'ombres sur le quai armés d'arcs et prêtes à en découdre avec nous. De l'autre côté du bateau Erefne et Bénélis étaient déjà aux prises avec deux autres vauriens.

Khorint sortit à son tour sur le pont et sans attendre, sauta sur le quai pour affronter ces ennemis nocturnes. Gadoum en fit de même. Ayant pris mon arc je décochais une flèche et en blessa un au flanc. Un carreau siffla à mes oreilles puis un autre m'étourdit légèrement déchirant mon gilet au niveau de l'épaule gauche. Son origine venait de plus loin, de derrière les lascars. Je vis dans un coin d'une ruelle, « Kuftsos » l'homme au chapeau noir armé d'une arbalète. Il visait bien le bougre à cette distance ! Sachant que j'allais être sa cible privilégiée je plongeais ni une ni deux dans le fleuve pour me mettre à l'abri. Lorsque je ressortis un peu plus loin et remonta sur le quai, je vis que le combat avait tourné en notre faveur. Un des hommes sur le quai gisait au sol.

Gadoum et Khorint avaient engagé le combat contre Kuftsos qui avait troqué son arbalète pour une épée longue. Gadoum sortit son tromblon mais rata sa cible. Par contre Khorint, lui, ne fit pas de cadeau à l'homme au feutre noir le blessant salement. Les sœurs elfes avaient pris le dessus sur leurs adversaires et Sarfath croisait le fer sur le quai avec le dernier fourbe. Je vins l'aider. Ce fut très rapide: Gadoum transperça son adversaire avec sa rapière tandis qu'avec Sarfath nous fîmes prisonnier notre homme. Erefne et Bénélis en avaient fait de même ayant assommé puis ligoté leur dernier adversaire. L'autre était étendu raide mort sur le pont. Heinrich était sorti mais son état l'avait empêché de se battre. Par contre il aidait Joseph et Wolmar à éteindre l'incendie. Certains d'entre nous allâmes les aider, les autres s'occupant des deux prisonniers.

L'incendie une fois maîtrisé, Joseph commença à évaluer l'ampleur des dégâts. A mon avis, nous étions intervenu à temps et tout serait vite réparé. Puis Khorint nous réunîmes car il avait trouvé avec le Nain une lettre sur le cadavre de Kuftsos. Erefne la lut immédiatement à notre petit groupe.

Il était clair que le rôle du futur Baron n'allait pas être de tout repos... Et que ce Kastor Lieberung ne semblait pas être aussi blanc que l'agneau qui vient de naître...