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L'antique corridor - découverte

nov. 03 2005

Où nos aventuriers découvrent de nouveaux horizon.A regret, je quitte ma méditation. Un sombre sentiment l'a perturbée : une impression de violence et de sang. C'est en pressant le pas que je reprends ma route en direction du village que nous avions aperçu au sommet d'une colline, il y a de nombreux cycles, ou peut-être était-ce hier ? Arrivant à proximité, je croise l'un des habitants et m'enquiert auprès de lui de la présence de mes compagnons. L'individu me regarde de façon suspecte. Il est vrai que l'apparence physique est importante pour ces humains et l'état dans lequel je suis ne doit pas lui permettre de décider si cette information mérite d'être partagée. De l'humus macule mes habits laissant peu de place à l'imagination quand à ce que j'ai pu faire dernièrement. Mais usant de mes talents oratoire je finis par lui inspirer suffisamment confiance et il me révèle que ceux-ci se sont arrêtés hier soir à l'auberge de la pépite d'or.

Une ancienne cité minière dont l'activité a du péricliter. Les membrures des charpentes autrefois peintes de couleurs criardes sont désormais ternes. Certaines toitures auraient un grand besoin d'être refaites et les mousses et autres végétaux combatifs se partagent l'honneur d'être les premiers à reprendre possession du territoire naturel recouvrant peu à peu ces éphémères et impuissantes conquêtes humaines. L'état général des bâtiments fait presque oublier qu'un jour, ce village a du voir transiter de fortunés négociants en minerai, des prospecteurs heureux et tout le ramassis de suivants dont les humains importants aiment à s'entourer.

L'après-midi touche à sa fin et déjà les tables de l'auberge se peuplent de client pour la soirée. Je m'invite à l'intérieur de cet endroit nauséabond et demande discrètement à l'aubergiste des nouvelles de mes compagnons. Peu regardant sur mon apparence et faisant plus confiance au poids de la bourse que je viens intentionnellement de sortir de mon sac pour la placer à ma ceinture, il m'indique que ceux-ci sont partis en direction de la mine depuis ce matin. Ils auraient eu une discussion avec l'homme de loi du village qui semble-t-il, les aurait convaincu d'aller enquêter sur une sombre histoire d'enlèvement d'enfants. Remerciant le tenancier dépité de me voir partir aussitôt malgré ses affirmations me promettant un retour imminent de mes compagnons, je me dirige aussitôt en direction de cette mine. Cet étrange pressentiment ne m'a pas quitté. J'ai l'impression que déjà, des liens se sont tissés avec certains de mes compagnons et que ceux-ci ont besoin de moi.

Après avoir marcher rapidement pendant quelques minutes, j'arrive finalement en vue des quelques bâtiments entourant l'entrée de la mine. Des cris, des armes qui s'entrechoquent. Mon instinct ne m'a pas trompé, mais alors que j'émerge au milieu de la place nichée entre les maisons délabrées, le combat touche à sa fin. Observant la scène d'un œil incrédule, je vois plusieurs de mes amis blessés. Je les panse du mieux que je peux pendant qu'Inès, comme à son habitude, est déjà en train de fouiller les corps inanimés, récoltant rapines et bibelots. Je la regarde d'un air sévère, mais absorbée par sa tâche, elle ne s'en rend absolument pas compte. Elle ne remarque pas également que Jarod la surveille du coin de l'œil tout en ligotant les brigands avant que l'animation ne les reprenne.

Après quelques explications confuses je renonce à comprendre de quoi il retourne exactement : d'étranges histoires de pièces de monnaie qui auraient été volé aux villageois et d'un assassinat d'un des personnages censés collecter celles-ci. Les humains se font un monde de ces pièces alors qu'elles ne sont qu'un moyen d'obtenir des objets. A croire qu'ils sont plus intéressés par le pouvoir d'obtenir que par la possession en elle-même. Sur ces entrefaits, Dalem, bien que assez gravement blessé, s'empresse de prendre le chemin inverse de celui que je viens de parcourir pour aller prévenir l'homme de loi de la conclusion de cette affaire. Alors que je commence à m'occuper de prodiguer quelques soins de circonstance à leurs adversaires, la pluie se remet à tomber et nous décidons de déménager à l'intérieur d'un des bâtiments qui semble encore dans un état acceptable. Même si il n'est plus totalement étanche aux intempéries, il nous permet de nous protéger de la pluie.

Quelques temps plus tard, Dalem revient en compagnie du Shérif et du prêtre du village, un dénommé Tobias. Celui-ci nous parle d'un fantôme,... A moins que ce ne soit le shérif. Je dois avouer m'être totalement désintéressé de cette conversation dont les tenants et les aboutissants me paraissaient d'une futilité bien humaine. Au vu de l'heure avancée, quasiment tout le monde décide de dormir sur place.

Suivant de loin les conversations lors de la veillée tout en appréciant les volutes de fumées que je tirais de ma nouvelle pipe récupérée sur l'un des corps, je fini par comprendre que le sort des enfants n'avait toujours pas été découvert et qu'ils manquaient à l'appel. L'objet, en ivoire sculpté à l'effigie d'un magicien dont le crâne tenait lieu de foyer, était un véritable objet d'art et un plaisir pour le consommateur d'herbe à fumer que je suis. Je m'entraînais à produire de magnifiques ronds et volutes jusqu'à ce qu'Inès s'approche de moi.

« Quelle relation as-tu vis à vis de l'argent ? » me demanda-t-elle sur un étrange ton mêlant l'excitation et un sentiment qui me sembla malsain. Je lui répondis que je n'arrivais pas à comprendre l'attirance que les humains éprouvaient pour ces objets totalement dénués d'intérêts à mes yeux. Elle me demanda alors si j'étais capable de calmer des bêtes. Je lui répondis que cela était envisageable mais que je ne voyais absolument pas le lien entre ses deux questions. Elle m'expliqua donc plus en détail ses intentions. Elle me proposait de l'aider à acquérir une importante somme d'argent qui se trouvait dans un lieu où trois molosses montaient la garde. Ne voyant absolument pas quel intérêt je pourrais avoir dans une telle entreprise je lui opposais un refus net et sans appel. Vexée, elle décida de repartir pour le village prétextant l'envie de dormir correctement à l'auberge.

Après une nuit qui n'a pas semblé si reposante que souhaitée pour Inès, le Shérif nous demande d'aller faire un tour dans la mine, histoire de vérifier si les enfants ne seraient pas aller y faire un tour et s'y seraient retrouvés coincés. Nous pliant à son désir, nous nous enfonçons dans la pénombre lugubre des boyaux souterrains.

Je n'ai jamais apprécié l'ambiance funeste de ces endroits où l'homme a déchiré la terre pour en extraire des minéraux. Et cette fois-ci n'échappe pas à la règle. Une impression d'oppression me saisie dès l'entrée, mais surmontant ma répulsion, entouré de mes camardes, nous commençons d'inspecter l'intérieur de tunnels.

Peu après l'entrée, une pièce taillée dans le roc et habituellement entravée de barreaux en métal nous livre une inscription gravée à même la pierre : « Aidez nous, hob, J+C ». Les deux initiales pourraient être celles des enfants et l'énigmatique « hob » un avertissement peu encourageant quand à la nature du danger qui menaçait les deux petits humains. En face de cette pièce, au milieu d'une sorte de caverne aux parois rugueuses, est allongé de tout son long un hobgobelin en train de ronfler bruyamment. Inès s'approche de lui discrètement et pose le fil de sa rapière sur sa gorge. Après quelques tentatives infructueuses pour le réveiller, il finit par réagir à une pression un peu plus importante du fil de la lame, qui dessine une trace vermeille sur son cou. Un mouvement de recul et quelques grommellements plus tard, ses paupières finissent par s'ouvrir sur deux yeux injectés de sang.

La créature n'a pas l'air en forme mais à force de l'asticoter, elle finit par nous livrer, dans un langage approximativement interprétable, qu'il a pris une sérieuse cuite la veille au soir et qu'il a été exclu de son clan le temps qu'il retrouve une humeur moins combative. Il nous précise que 5 ou 6 - nous n'arrivons pas à déterminer exactement combien d'après ces gestes confus pour tenter de compter sur plus de trois doigts - de ses semblables se trouve au niveau inférieur. Sans doute lassée par les alternoiements de cette créature méprisable, Inès l'assomme d'un coup du pommeau de sa rapière et Jarod achève le travail en le saucissonnant dans une corde.

Poursuivant plus profondément dans les tunnels, mes compagnons retrouvent le chemin, déjà emprunté la veille pour leur part, d'une sorte de monte charge permettant d'accéder au niveau inférieur. Nous descendons à l'aide de celui-ci et continuons de chercher des indices sur la présence des deux enfants en ces lieux.

Le boyau partant du bas du monte-charge est inondé au bout de quelques dizaines de mètres sur à peu près un 4 pieds de hauteur. Bien décidés à ne pas abandonner à un funeste sort les deux innocents gamins, nous poursuivons en pataugeant dans l'eau glacé pour finalement arriver à l'entrée d'une longue caverne. Le sol remonte sur l'un des côtés de celle-ci et laisse au sec une petite berge sur laquelle campe 5 hideux hobgobelins. Derrière ceux-ci, nous pouvons apercevoir une plus petite silhouette se tapir dans l'ombre...

Les créatures sont rassemblées autour d'un feu de camp et, même si nous avions pris la précaution d'éteindre nos torches dès l'apparition de sa lueur, il nous est impossible de s'approcher d'eux sans nous faire remarquer. L'eau nous entravant dans nos déplacements, si jamais ils décidaient de nous jeter des projectiles, nous ne pourrions que subir leurs morsures sans pouvoir les éviter.

Devant l'impasse tactique dans laquelle nous nous trouvions, Dalem fit preuve d'un sang froid exemplaire et entama une étrange conversation avec celui qui se nommait « parle avec les poings ». Ce dernier était d'une stature légèrement plus imposante que celle des autres. On devine souvent les valeurs principales d'une société aux traits caractéristiques de leurs dirigeants. Ainsi, il était clairement établit que la force physique dominait de loin toutes autres valeurs au sein de la société hobgobeline. Et c'est avec une surprise non feinte que je constatais la naissance d'une forme de négociation entre un ancien garde de Greyhawk dont la principale fonction était de taper sur les contrevenants à la loi de la cité et une créature dont le degré d'éveil intellectuel sur une échelle graduée de un à dix ne pourrait que difficilement obtenir la note inespérée de un.

Après de longues minutes où la conversation, tendue tout de même, semblait évoluée favorablement en vue d'un accord, Dalem nous fit signe de poursuivre notre route, nous indiquant que nous récupérerions l'enfant qui se trouvait près d'eux, caché parmi les ombres, sanglotant de peur et de frustration, après avoir inspecté la fin du tunnel où il semblerait que le deuxième enfant se soit enfui.

Quelques mètres plus loin, une sorte de siphon nous barra le passage. Sur notre droite un escalier montait. En haut de ce dernier une salle aux murs irréguliers avait sa partie sud-est affaissée. Les éboulis, praticables, donnaient, aux dires d'Inès qui, une fois assurée, était descendue explorer, sur un gigantesque couloir ancien dont les murs étaient ornés de bas reliefs géométriques et dont le sol était recouvert d'une épaisse pellicule de poussière sans la moindre trace de pas. L'enfant n'avait donc pu s'échapper par cette voie et nous décidâmes alors de tenter d'emprunter le siphon.

Se débarrassant de leurs armures, Jarod et Dalem furent assurés à leur tour au moyen de nos cordes assemblées et ils plongèrent dans l'eau froide. Nous vîmes la corde défilée lentement au fur et à mesure de leur progression. Après quelques instants interminables, ils finirent par rebrousser chemin, accompagné d'un enfant qui tenait le bâton lumineux, fruit des rapines d'Inès, tel un précieux trophée. Ainsi accompagné, nous retournâmes en direction des Hobgobelins dont l'histoire récente avait apparemment été trouble. Leur clan, décimé, s'était réfugié dans ces mines et ne tenait pas spécialement à avoir de nouveau des problèmes avec leurs voisins humains. C'est donc en gage de leur bonne volonté qu'ils nous remirent leur otage et que nous pûmes sortir sans encombre de la mine.

Le shérif et ses acolytes étaient encore sur place, en train d'enterrer les corps des brigands décédés, et, à la vue de notre groupe, accompagné des deux enfants, qui émergeait de la mine, ils laissèrent en plan leur travail pour nous accueillir avec joie. Le père des deux enfants, qui était présent sur les lieux, fondit en larme tant ces retrouvailles lui procuraient un soulagement intense. Je dois avouer que parfois, certaines réactions humaines me semblent finalement rationnelles et émouvantes et me rassurent sur leur nature ambiguë.

L'après-midi même, au village, nous fûmes traités en héros. Le Shérif nous remit une récompense, monétaire, puisque ceci semble être la seule chose qui ait une valeur à leurs yeux, et nous leurs racontâmes le détail de nos aventures, n'omettant pas de leur parler du comportement étonnant mais exemplaire des Hobgobelins. Sceptique quand à l'établissement d'éventuelles relations de bon voisinage, ils nous demanda humblement de leur apporter cependant un peu de vivres, ainsi que de retourner explorer cet étrange corridor dont la description que nous lui en avons faites l'intriguait.

N'ayant rien de spécial à faire, nous lui promîmes que nous irions dès le lendemain effectuer cette tâche. De plus mes compagnons semblaient plus que contents de la récompense reçue et je crois que l'appât du gain les poussa à accepter cette mission dans l'espoir d'en recevoir une plus grande encore.

Fin de la sixième partie.